En coulisses·Gibraltar : un détroit, deux enclaves

EN COULISSES. Un roc, un pic, un cap… une péninsule !

De retour de reportage aux portes de l’Europe, nos journalistes racontent leur périple. Découvertes, galères et ressentis : les coulisses de Terminus Europe.
Vendredi 4 mars 11h : Nulle part ailleurs

« On n’a rien à voir avec les Anglais, les Ecossais ou les Gallois ! » assène Alex, l’un des trois rugbymen que nous rencontrons à la terrasse du pub… Lord Nelson. Le drapeau anglais flotte sur la devanture, devant la place centrale de Gibraltar, petite enclave britannique en Espagne. Alex a grandi au Royaume-Uni, même si sa famille est originaire de Gibraltar. Mais les sportifs gibraltariens tiennent à distinguer la Fédération de rugby de Gibraltar (GRFU) des autres fédérations britanniques. À l’issue de l’entretien, chacun paie son café en pound. Non loin, restaurants de fish et chips côtoient cabines téléphoniques rouges et bus à étage.

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Bérengère avec le footballer Lee Casciaro à Gibraltar, en mars 2016. Bastien Augey/ESJ Lille
Lundi 7 mars : Confessions intimes

Autour d’un thé à la menthe, Jawad nous raconte son histoire. Cet immigré marocain a quitté son pays à 7 ans. Le récit est déroutant et nous nous surprenons parfois à chercher la phrase choc, alors qu’en face, il s’ouvre à nous. Format oblige, il faut aussi penser à la photo, mais Jawad préfère éviter. Une mauvaise expérience : un jour il a retrouvé son visage affiché dans un grand quotidien, juste à côté à d’un titre sur le djihadisme. Souvenir amer, qui nous fait réaliser que la confiance est parfois fragile entre le journaliste et ses interlocuteurs. Finalement, Jawad finit par nous inviter à cuisiner un tajine avec lui. Nous résistons mal à la tentation de prendre quelques photos, nous nous disons que le décor est parfait. Au fond, on est journaliste à chaque instant, non ? Mais parfois, il faut lâcher.

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Le tajine préparé par Fabien et Jawad à Ceuta, en mars 2016. Bérengère Sérot/ESJ Lille
Mardi 8 mars : Zone interdite

Irons-nous à Principe ? La question nous taraude, tant on a lu qu’il ne fallait pas s’aventurer dans ce quartier, considéré comme l’un des plus pauvres et dangereux d’Espagne, réputé pour abriter des réseaux djihadistes. À écouter les rumeurs, nous irions nous aventurer dans “une zone de non-droit”, au risque de “slalomer entre les balles perdues”.

Nous sommes inquiets et nos chefs encore plus. « Ne prenez pas de risque », nous répètent-ils depuis plusieurs jours. Finalement nous faisons part de notre inquiétude par SMS à Turia, la mère de famille que nous devons rencontrer. En guise de réponse, une dizaine d’émôticones mimant des éclats de rire. Elle nous explique que là où se trouve le collège où nous avons rendez-vous, il n’y a rien à craindre.

Hésitants, nous ne prenons qu’une partie de notre matériel : pas d’appareil photo notamment. Dans le taxi, nous préférons nous rassurer et demandons au chauffeur s’il vient souvent à Principe. Pour la journée, pas de problème. La nuit, il rechigne à prendre des clients, mais n’a pas vraiment le choix : on ne refuse pas une course. Après notre rendez-vous, nous allons attendre le bus dans une rue proche du collège. Pas loin, des gamins jouent au football, nous irions bien les rejoindre.

Mercredi 9 mars, 11h : Conversations secrètes

Un dignitaire espagnol nous a donné rendez-vous dans un palace 4 étoiles pour une interview. En avance, nous patientons dans un grand hall. Privés de douche par une coupure d’eau à notre hôtel et en manque de sommeil, nous détonnons dans ce décor somptueux. Qu’importe, nous sommes fiers et nous empressons de twitter.

L’homme arrive et nous invite en terrasse. Café et jus d’orange frais sous le soleil : cadre idéal pour un entretien filmé. Mais nous sommes bientôt freinés dans notre enthousiasme. L’interlocuteur pose les règles du jeu : bien entendu, la rencontre est informelle, pas question de le mentionner dans notre article. Léger malaise. Notre tweet est déjà sur la toile, nous devons le supprimer. Nous découvrons la frustration de ne pas pouvoir tout écrire. Et l’excitation de notre premier « off ».

Mercredi 9 mars, 17h : Le grand entretien

Grâce au directeur du centre financier de Gibraltar rencontré quelques jours plus tôt, nous avons décroché une interview avec le vice-Premier ministre de Gibraltar, Joseph Garcia. Une aubaine. Dans le mail confirmant la rencontre, la formule est équivoque : « Il est prêt à vous accorder 30 minutes. »

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Fabien et le vice-Premier ministre gibraltarien, dans son bureau en mars 2016. Bérengère Sérot/ESJ Lille

Aux interviews cordiales dans les cafés succède un entretien cérémonieux. À l’accueil du 6 Covent Place, le siège du gouvernement gibraltarien, un badge nous est donné.  Dans un grand hall de marbre et de verre, nous attendons sagement. Sur un écran plat démesuré, la BBC, chaîne publique britannique d’information en continu. Une dame vient nous chercher, avec 30 minutes de retard. Anxieux et amusés, nous la suivons jusqu’au grand bureau du vice-Premier ministre. À ses côtés, un collaborateur impassible prend des notes sur sa tablette. Dans cette ambiance solennelle, il faut se faire violence pour aborder les questions les plus délicates. Il faut surtout y mettre les formes. En anglais. Le vice-Premier ministre nous consacre finalement trois quarts d’heure, avant que son assistant ne mette fin à l’entretien en lui glissant à l’oreille un laconique « Next meeting ».

Bérengère Sérot, Bastien Augey, Fabien Leboucq
  
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