En coulisses·Hongrie : au-delà des barbelés

EN COULISSES. Hongrie, les yeux rivés sur la frontière

De retour de reportage aux portes de l’Europe, nos journalistes racontent leur périple. Découvertes, galères et ressentis : les coulisses de Terminus Europe.

Szia à tous (salut) !

Retour sur un périple à cent à l’heure, aussi enrichissant que formateur.

Au départ, rien ne prédestinait notre trio international à aller en Hongrie. Rien, sauf l’envie irrésistible de savoir ce qu’il se passait à la frontière serbo-hongroise depuis la construction d’une clôture de 175 km de long l’été dernier.

« Les associations n’y sont plus car il n’y a plus de migrants depuis la fermeture de la frontière », « Il ne s’y passe plus rien… » Toujours le même refrain, et pourtant quelque chose nous poussait à aller voir par nous même ce qu’il en était.

Équipées de nos appareils photos, caméscope et micro enregistreur, nous sommes parties du 7 au 12 mars découvrir le vrai visage de la Hongrie ; un pays pointé du doigt par ses voisins européens avant d’être finalement imité. Un Premier ministre d’extrême droite aussi redouté qu’adulé. Une langue aux sonorités nouvelles qui ne ressemblait à rien de connu. Un peuple discret, mais désireux de nous en apprendre plus sur son quotidien.

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L’une des journalistes de la Team Hongrie, Bisi Zhang, prend des photos de la zone de transit de Röszke, à travers les barbelés. Ahlem Khattab/ESJ Lille
En route

Direction Szeged, donc, principale ville du sud du pays, située à 15 kilomètres de la Serbie et à 20 kilomètres de la frontière roumaine. Le planning était (presque) réglé comme du papier à musique. Nos contacts prévenus de notre arrivée. Pour un premier reportage en immersion, nous étions parées.

Mais la réalité du terrain nous a rattrapées : galères de voiture, rendez-vous repoussés, de nombreux kilomètres parcourus, et la défiance de la police…

Comme cette fois où nous avons finalement réussi à rencontrer des migrants à la zone de transit de Tompa. Le camp, situé entre les postes-frontières hongrois et serbe, n’est accessible qu’avec une autorisation, délivrée selon le bon vouloir de l’administration. Ce matin-là, nous avions vu les employés de l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR) se rendre à la zone de transit. « Nous sommes journalistes, nous aimerions discuter avec les migrants qui patientent à l’entrée de la zone de transit… Francia újságíró (journalistes françaises) ! » Pas d’interdiction formelle. C’était notre chance ! Nous avons pu passer la matinée à échanger avec les jeunes Afghans, Algériens et Iraniens présents, sans objection de la part des policiers, garde-frontières et militaires présents.

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Victoria Rouxel discute avec les migrants afghans qui attendent à la porte de la zone de transit de Tompa. Bisi Zhang/ESJ Lille

D’autres rendez-vous nous attendaient dans l’après-midi, mais nous avions promis de revenir le soir pour apporter quelques biscuits et cigarettes aux migrants que nous venions de rencontrer. Un petit plus afin de rendre leur attente plus tolérable. C’était sans compter sur la méfiance des forces armées. À mesure que la nuit tombait, la tension augmentait. Une fois le poste-frontière hongrois passé, nous nous sommes dirigées vers la zone de transit, comme nous l’avions fait le matin même.

« On garde vos passeports pour vérification! »

Après avoir négocié dans un subtil mélange d’anglais et de hongrois par le biais d’un policier improvisé interprète, nous avons pu retourner près des grilles où les migrants attendaient toujours, sous la pluie cette fois-ci. « Mais on garde vos passeports pour vérification ! » Tandis que les garde-frontières passaient d’un bureau à l’autre en nous désignant du doigt, nous en avons profité pour poser quelques questions aux migrants et leur donner ce que nous leur avions apporté. Nous savions que notre temps était compté et que les officiers auraient tôt fait de comprendre que nous n’avions pas d’autorisation, même verbale ce coup-là.

Au bout d’une vingtaine de minutes, un garde-frontière furibond nous a demandé de dégager et de le suivre. Nous avions assez profité de la situation, il était temps d’obtempérer. Après un stress intense – nos passeports étant toujours entre ses mains – et quelques réprimandes, nous avons finalement pu quitter le poste-frontière sans encombre.

Des belles histoires, d’autres révoltantes. Satisfactions et déconvenues, coups de chance et moments de stress… Des bâtons dans les roues qui deviennent des tuteurs pour apprendre et progresser.

Nous avons traversé des villages où le nationalisme s’impose jusqu’aux postes-frontières et où les migrants attendent de réaliser leur rêve européen, rencontré une mosaïque de personnalités qui nous ont accordé du temps.

Nous avons essayé de comprendre la mentalité des habitants dans les villes frontalières, d’écouter la difficile traversée des demandeurs d’asile et de connaître le travail des associations humanitaires.

Au cours de ces six jours de reportages intenses, les ascenseurs émotionnels se sont enchaînés, du petit matin au milieu de la nuit. C’est une Hongrie loin des portraits simplistes qui s’est dévoilée à nous.

Bonne lecture et a közeli viszontlátásra (à bientôt) dans Terminus Europe !

Victoria Rouxel, Ahlem Khattab et Bisi Zhang

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