Hongrie : au-delà des barbelés

Du mouvement à la frontière

Depuis le mois de février, les migrants transitent à nouveau par la Hongrie suite à la fermeture progressive des pays voisins. En réaction, le gouvernement consolide ses frontières et prévoit de fermer la quasi-totalité des camps d’accueil.

*Pour des raisons de sécurité, certains prénoms ont été changés.

Les jours passent et les migrants sont de plus en plus nombreux à affluer à la frontière serbo-hongroise. « Il n’y en avait plus depuis la mi-septembre », rapporte l’Office de l’Immigration, mais depuis le renforcement des contrôles en Croatie et en Macédoine, des hommes, des femmes et des enfants tentent à nouveau de passer le « mur » hongrois. C’est un des rares points de passage de la route des Balkans sans montagne et où la clôture présente encore des failles. Par endroits, la palissade de trois mètres de haut venue renforcer les barbelés n’a pas encore été érigée. « La faute au terrain inégal et trop humide pour y planter des poteaux », explique le garde-champêtre du village frontalier d’Asotthalom.

Alors, les migrants essaient de passer. Du côté hongrois, les forces armées veillent au grain. Vendredi 4 mars, la police a arrêté 248 personnes dans la même journée. Ils sont en moyenne une centaine à être interceptés chaque jour avant d’être amenés dans les zones de transit. De nombreux migrants passent entre les mailles du filet et continuent leur route vers l’ouest.

À la mi-mars, le Premier ministre hongrois a pris toutes les précautions nécessaires. Au-delà des routes, ce sont désormais les centres d’accueil qu’il a décidé de fermer. Seuls les camps de Körmend et de Szentgotthárd, situés à la frontière autrichienne, seront utilisés, « les autres étant actuellement dépeuplés », s’est justifié le Premier ministre. Au total, ce sont six centres d’accueil qui vont fermer leurs portes. Cette décision intervient au moment où les pays d’Europe de l’Est se barricadent à grand renfort de mesures sécuritaires, condamnant de facto, la route des Balkans. Un coup dur pour les associations qui se préparent pourtant à un nouvel afflux à l’approche de l’été.

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La ville de Szeged a demandé à visiter l'entrepôt de l'association MigSzol dans l'optique d'y installer une cantine pour la police. Bisi Zhang/ESJ Lille

Les bénévoles de l’association hongroise « Migráns Szolidaritás Szeged » (MigSzol) s’organisent. Les barbelés, tranchants comme des lames de rasoirs, ont ralenti la course de ceux qui fuient pour leur vie. « Mais la barrière ne les arrêtera pas », prédit Balázs Szalai, cofondateur de cette association.

Dans une ancienne école reconvertie en entrepôt, les bénévoles stockent depuis le mois d’octobre les dons qui arrivent quotidiennement. Nourriture, eau, produits du quotidien, valises, sacs de couchage, tapis…. Le gymnase du bâtiment abrite des montagnes de vêtements que les bénévoles trient par tailles et saisons. « C’est beaucoup de travail, confie Balazs. On reçoit parfois plus d’une centaine de cartons par mois. »

Un no man’s land entre deux frontières

Malgré la disponibilité des bénévoles et la quantité de matériel emmagasiné, l’association MigSzol est parfois restreinte dans ses actions. « Lorsqu’on apprend que des migrants attendent depuis plusieurs jours à la porte des zones de transit, on ne peut pas leur venir en aide directement, regrette-t-il. Il faut une autorisation. »

Les aires de transit sont des zones d’enregistrement des demandes d’asile situées entre les postes-frontières serbes et hongrois. Elles s’apparentent à des no man’s lands puisqu’elles ne font pas partie de l’espace Schengen. Les migrants peuvent y rester jusqu’à vingt-huit jours. Une fois à l’intérieur, deux possibilités : déposer une demande avant d’être envoyés vers un centre d’accueil, ou quitter la zone et retourner du côté serbe de la frontière.

Dans la zone de transit de Tompa, une trentaine d’Afghans, d’Iraniens et d’Algériens attendent leur tour sous la pluie, sans aucune nourriture hormis une poignée de biscuits secs. « Ils nous donnent très peu d’informations », se désolent-ils. Dans les pré-fabriqués, « la capacité d’accueil n’est que de cinquante personnes. Alors on donne la priorité aux femmes et aux enfants », expliquent les travailleurs de l’Office de l’Immigration.

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Poste-frontière de Röszke, Hongrie - Ambiance calme, états nerveux. À part dans la zone de transit, on voit peu de migrants à la frontière serbo-hongroise. Bisi Zhang/ESJ Lille
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Poste-frontière de Tompa, Hongrie En attendant d’être fixés sur leur sort, une trentaine de migrants sont bloqués à la frontière hongroise, sans abri pour dormir. Bisi Zhang/ESJ Lille
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Poste-frontière de Tompa, Hongrie - Une employée de l’UNHCR explique la situation à un groupe de migrants iraniens qui vient d’arriver. Bisi Zhang/ESJ Lille

Les travailleurs de l’UNHCR, l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés, sont les seuls autorisés à entrer dans les zones de transit pour rencontrer les migrants et leur donner des vêtements. Généralement organisés en équipes de trois à quatre personnes, ils leur apportent un soutien matériel et les informent de la situation.

« Vous êtes ici au poste-frontière hongrois de Tompa, explique une employée de l’UNHCR. Avez-vous de l’eau ? Des questions ? » Un groupe de quatre hommes iraniens vient d’être rapatrié par la police. Ils sont épuisés et demandent où ils pourront dormir. « Les lits sont à l’intérieur de la zone de transit mais aucun n’est disponible pour l’instant. Il faut que vous attendiez ici ». Ici. C’est-à-dire dehors, sans toit ni même une chaise pour s’asseoir. De rage, le plus vieux des hommes donne un grand coup dans la palissade métallique qui résonne sous le choc. Ils sont les derniers arrivés. « Ça risque de prendre du temps », souffle l’employée, navrée. L’Office de l’Immigration s’active pour accélérer les procédures d’admission dans la zone de transit, mais la capacité d’accueil maximum est déjà atteinte. Chaque jour, de nouveaux migrants viennent s’ajouter à la liste de ceux qui souhaitent demander l’asile ou poursuivre leur route vers l’Europe de l’Ouest.

Parmi les personnes qui patientent derrière la clôture, un groupe de jeunes Afghans ayant fui la violence des Talibans. Voilà deux jours qu’ils attendent de pouvoir entrer dans la zone de transit.

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Plusieurs migrants ont perdu ou abandonné leurs affaires personnelles au cours du voyage. L’essentiel de leurs documents et autres objets indispensables sont gardés précieusement sur eux à tout moment.

« J’avais un sac à dos mais je m’en suis séparé pendant le voyage. On traversait une forêt, j’étais épuisé. Le sac me paraissait de plus en plus lourd. J’ai pris le strict nécessaire et j’ai abandonné le reste », explique un migrant algérien.

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Un nouveau mur en perspective

Depuis le mois de février, et malgré l’augmentation des obstacles, le nombre d’arrivées en Hongrie n’a cessé d’augmenter. En conséquence, le ministère de l’Intérieur hongrois a décidé d’élargir « l’état de crise migratoire » à tout le territoire au début du mois de mars. Pour prévenir les entrées illégales, 1 500 soldats supplémentaires ont été déployés aux frontières du pays. À la bordure roumaine, des travaux de terrassement ont déjà été entrepris. Selon Viktor Orbán, Premier ministre affilié au parti de droite Fidesz, c’est l’affaire de « deux ou trois semaines » avant qu’un nouveau mur ne vienne se dresser devant les migrants en route pour l’espace Schengen.

Victoria Rouxel
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