Lesbos : île à la dérive

Clichés de bénévoles

S’improviser humanitaire n’a jamais été aussi simple. À Lesbos, des bénévoles du monde entier débarquent depuis plus d’un an pour aider les migrants. Cet été, leur manque d’expérience et l’absence d’organisation ont posé problème : familles séparées par erreur, médicaments distribués sans ordonnance… L’aide est aujourd’hui structurée par les grandes ONG. Mais les bénévoles freelance sont toujours là. Alors que les bateaux arrivent moins nombreux, les tâches viennent à manquer.

Passez votre souris sur les carrés pour visualiser les citations des bénévoles.

    « Je sais que beaucoup de gens créent des pages web pour récolter de l’argent. Mais les expressions employées me dérangent. ‘Donnez de l’argent, sauvez des vies’... »

    L’an dernier, Alia était bénévole au Liban, pays qui compte plus d’un million de réfugiés syriens. Arrivée à Lesbos dès l’été 2015, elle finance son séjour de sa poche.

    Installé à côté du camp d’enregistrement officiel, le camp alternatif Better Days For Moria accueille plus de 500 migrants, principalement Pakistanais. Il suffit de prendre contact par mail pour y devenir bénévole.
    « Je suis un ancien médecin de l’armée britannique, qualifié pour le secourisme en mer. J’ai l’habitude de ce genre de terrain. »

    Le 23 décembre dernier, après qu’une embarcation s’est fracassée contre les rochers, Brandon nage 70 mètres au large pour secourir un bébé.

    « Même si nous n’avons secouru qu’un seul bateau, notre présence vaut la peine. »

    Alfonso et ses collègues, pompiers espagnols, sont venus grâce à une collecte de dons. Ni les garde-côtes, ni les agents de Frontex ne leur ont demandé de comptes.

    « Je trouvais qu’il n’y avait rien à faire chez moi en Suède pour aider les réfugiés et je voulais voyager. »

    Moa Hagström, 21 ans, bénévole à No Border Kitchen

    « J’ai vu la photo du corps du petit Aylan sur la plage et je me suis dit ‘Et si ça avait été mon enfant?’. Il fallait que je vienne aider. »

    Celeste, psychologue originaire de Californie, voudrait apporter un soutien aux réfugiés de Better Days for Moria. Elle confie qu’elle veut aussi profiter de la plage et des paysages.

    « Si vous ne parlez pas arabe, vous n’êtes d’aucune utilité ici. »

    Dani se souvient de la critique d’une membre de l’agence des nations unies pour les réfugiés, alors qu’il offre son aide. Il ne comprend pas que les bénévoles freelance soient rejetés par les grandes organisations.

    Sur une plage à deux pas du port, le camp No Border Kitchen se veut apolitique, vegan et « sans frontières ». Migrants et volontaires y cohabitent dans une ambiance de squat. « Les autres ONG sont trop autoritaires, ici il n’y a aucune hiérarchie », confie un volontaire.
    « J’ai pris un congé exceptionnel jusqu’en juin. J’ai d’abord voulu aider en Turquie mais le gouvernement ne l’autorise pas. »

    Jo Eckerison, professeur à Washington, est arrivé mi-février. Après avoir échoué à rejoindre de grosses ONG, il opte pour No Border Kitchen.

    « Je ne suis pas venue avec une organisation en particulier, ici c’est pas nécessaire. Tu peux contacter les gens qui sont déjà là ou simplement venir. Ils ont toujours besoin d’aide. »

    Quelques jours après son arrivée, Emma, 19 ans, trébuche de nuit dans le camp non éclairé de No Border Kitchen. Genou entaillé, incisive cassée, elle perd connaissance et finit aux urgences. Ses blessures l’immobilisent, mais elle tient à rester sur l’île.

    « Les nouveaux volontaires sont vraiment motivés mais ils essaient de faire des choses qui devraient être faites par des professionnels. Je pense qu’il y devrait y avoir une régulation des bénévoles freelance. »

    Ancien bénévole au Bostwana, Colin est l’un des responsables de Better Days for Moria.

    « Pourquoi ne pas aider et donner un peu de ma liberté ? »

    Parti d’Allemagne il y a sept mois pour un road trip à travers l’Europe, Benedict a posé son sac à dos à Lesbos au camp de No Border Kitchen pour deux semaines. Dans sept jours, il continuera son voyage direction la Turquie.

Codage : Ahlem Khattab

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Sur l’île, les équipes de la Croix-Rouge assistent les garde-côtes grecs dans les opérations de secourisme en mer. Des employés du Haut-Commissariat aux Réfugiés, agence des Nations Unies, administrent le camp officiel de transit de Moria. Bien implantées, ces ONG écartent très souvent les bénévoles freelance de leur recrutement, par manque d’expérience dans l’humanitaire ou absence de maîtrise de la langue arabe. D’autres volontaires renoncent d’eux-mêmes, découragés par la paperasse et les garanties exigées des grosses associations. Ils choisissent de rejoindre des camps alternatifs, qui revendiquent l’absence de hiérarchie et prônent le vivre-ensemble. Parmi eux, le campement de No Border Kitchen improvisé illégalement sur une plage à deux pas du port ou celui de Better Days for Moria, qui accueillent des migrants n’ayant pas trouvé de place dans le camp officiel du HCR.

Cécilia Brès et Rébecca Khananié


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